Colloque interdisciplinaire "Communisme, théories et pratiques"

co-organisé par Antoine Chopot, Guillaume Fondu, Ali Kebir, Gabriel Mahéo et Luca Paltrinieri. 30, 31 mai et 1er juin 2017, Rennes. Campus de Beaulieu (amphi 12, bât.32B)

affiche "Communisme"
  1. Programme
  2. Argumentaire

Programme

Mardi 30 mai

Matinée : Philosophie

   > 09h45 :  Accueil-café

- 10h15/10h45 : Pierre Dardot (Paris 10),  « Les communismes »

- 11h00/11h30: Alix Bouffard (Strasbourg), « De la classe au genre humain : le sujet communiste chez Georg Lukács »

   > 11h 45 : Pause

- 12h00/12h30 : Bernard Aspe (CIPh) & Patrizia Atzei (CIPh) :  « Le réel de Marx »

- 12h45/13h15 : Discussion générale

    > 13h15/14h30 : Déjeuner

 
Après-midi : Fronts

- 14h30/15h00 : Saliha Boussedra (Strasbourg) : « Le féminisme de Marx »

- 15h15/15h45 : Thimothée Haug (Strasbourg) : « La métamorphose écologique du projet communiste de Marx ».

   > 16h00 : Pause

- 16h15/16h45 : Antoine Chopot (Rennes 1) : « Un communisme réanimé : anthropocène, écologie et animisme »

- 17h00/17h30 : Discussion générale

 > 17h30 : Fin de la première journée

Mercredi 31 mai

 Matinée : Économie

    > 09h30 :  Accueil-café

- 10h00/10h30 : Bernard Friot (Paris 10)  : « 1946 : les prémices d'une institution communiste du travail en France »

- 10h45/11h15 : Laurent Baronian (Paris 10) : « La NEP : monnaie, crédit et construction du socialisme »

   > 11h30 : Pause

- 11h45/12h15 : Guillaume Fondu (Rennes 1) : « L'économie politique du socialisme. Retours sur quelques débats »

- 12h30/13h00  : Discussion générale

      > 13h00/14h30 :  Déjeuner

 
Après-midi : Culture

 - 14h30/15h00 : Mathilde Larrère (Paris-Est) : « Transmettre l'histoire du communisme : éducation populaire et réseaux sociaux »

- 15h15/15h45 : David Gnohouevi (Abomey-Calavi) : « L’art socialiste et l’idéologie communiste au Bénin : le cas de Philippe Abayi »

- 16h00/16h30 : Discussion générale

    >16h30 : Fin de la deuxième  journée

 

Jeudi 1e juin

Matinée : Histoire

   > 09h30 : Accueil-café

- 10h00/10h30 : Eric Aunoble (Genève) : « La question du communisme dans la Révolution russe: traces d'utopie ou moteur d'histoire ? »

- 10h45/11h15 : Jean-Jacques Cadet (Paris 8) : « Les débuts du communisme en Haïti »

   > 11h30 : Pause

- 11h45/12h15 : Pierre Sauvêtre (Paris 10) : « Du communalisme au socialisme du commun »

- 12h30/13h00 :  Discussion générale

 > 13h00/14h30 :  Déjeuner

 

 Après-midi : Politique

  - 14h30/15h00 : Fabrice Flipo (Télécom-EM / LSP Paris 7) : « La question de la prise de pouvoir - entre Lénine et Holloway »

- 15h15/15h45 : Fabio Bruschi (UCL) : « Le double pouvoir et la stratégie communiste. Poulantzas et Althusser face à Lénine »

   > 16h00 : Pause

- 16h00/16h30 : Jean Quétier (Strasbourg) : « ‘‘Refonder’’ et ‘‘réarmer’’ le Parti communiste : réflexions à partir des travaux de Lucien Sève et Julian Mischi »

- 16h45/17h15 :  Discussion générale

     > 17h15 :  Fin de la dernière journée

 

Argumentaire

   Après une éclipse relativement longue liée au naufrage des « socialismes réels » et à la puissante offensive néolibérale, le communisme fait à nouveau l'objet d'une vive attention académique. Dans le cadre de cette réouverture de la question communiste à laquelle il entend contribuer, ce colloque rassemble des philosophes et des chercheurs en sciences sociales afin de questionner la possibilité d'une définition du concept de communisme, c'est-à-dire de sa consistance théorique, mais aussi d’éclairer les pratiques historiques par lesquelles on a cherché à le mettre en œuvre.

            Cette possibilité ne va pas de soi, et ce pour trois raisons principales, théorique, historique et conjoncturelle. Les œuvres traditionnelles léguées par le mouvement communiste, qu'elles soient marxistes ou autres, sont en effet assez peu disertes sur ce qu'est véritablement le communisme, dont la définition est laissée à l'invention historique à venir. Or, l'invention historique en question n'a guère tenu la promesse puisque, une fois le temps des révolutions passées, elle semble n'avoir produit et reproduit que des castes bureaucratiques accrochées à leurs privilèges, au point parfois de les défendre dans le sang, et associées à des échecs meurtriers. Enfin, ces expériences ont nourri une méfiance généralisée pour toute entreprise globale, dont le projet communiste a constitué la figure paradigmatique.

            Ces trois objections peuvent et doivent selon nous être levées. Il existe en réalité, tout comme c'est le cas pour la plupart des traditions politiques, une somme de textes et d'expériences qui témoignent tout à la fois de l'existence et de la mise en œuvre – quoique partielle et rapidement étouffée – d'un projet politique communiste dont la dimension globale constituait un horizon nécessaire. Nous souhaiterions donc relire ce pan entier de l'histoire et de la philosophie politique en l'actualisant face aux problèmes contemporains, et ce selon six axes.

            Un premier axe, historique, consistera à interroger l'expérience des socialismes réels dans leur complexité, afin de ressaisir le processus de leur dégénérescence mais également les quelques moments d'émancipation politique – à des échelles temporelles et géographiques réduites – dont ils ont pu témoigner. Il s'agit par là de réfléchir à ce que l'histoire peut et doit apporter à une analyse philosophique du concept de communisme.

            Cette dimension historique devra être complétée par un deuxième axe d'étude consistant à poser la question des différentes stratégies communistes empiriquement et théoriquement, c'est-à-dire premièrement sous l'angle d'une sociologie historique du répertoire d'action communiste et deuxièmement sous l'angle d'une philosophie politique critique interrogeant l'articulation entre la fin et les moyens de sa mise en œuvre.

            La question dynamique de la stratégie pose ensuite nécessairement celle de la systématicité de l'ordre communiste lui-même, notamment dans sa dimension économique. Les recherches sur le sujet ont été à peu près totalement oubliées, alors même qu'elles représentaient un pan entier de recherches (dans le monde « libre » également), posant la question d'un mode de répartition des ressources et d'organisation de l'activité sociale de production alternatif au mode de production capitaliste et à la coordination marchande.

            Pour être pensé, un tel système suppose de rompre avec l'anthropologie habituelle de la tradition libérale et son sujet rationnel évanescent ne se rapportant à son environnement que sur le mode de la propriété potentielle et de l'exploitation maximale. Ce sera là l'occasion d'une réflexion proprement conceptuelle sur les présupposés philosophiques de la possibilité même du projet communiste, lequel doit inscrire en son sein des individualités d'un genre nouveau, une fois critiquée la réduction de ce projet à l'imposition unilatérale d'un ordre totalitaire.

            C'est donc aussi la question du sujet de l'émancipation qui se trouve posée. Traditionnellement identifié au prolétariat, ce sujet disparaît peu à peu, fragmenté en une multitude de subjectivités déliées juxtaposant une pluralité d'intérêts et de projets. On posera donc la question de leur articulation au sein de l'horizon global du communisme.

            Cette collectivité propre au communisme a notamment été questionnée et historiquement produite par des mouvements culturels, florissant en période de révolution mais également dans le sillage des organisations communistes et prétendant construire un ensemble de repères communs nécessaires à tout projet collectif. Entre la marginalité des avant-gardes et le spectre de la propagande d’État, il nous faudra donc également questionner cette socialisation par la culture et par la transmission du patrimoine historique communiste.