Filipe Drapeau Vieira Contim, "Descriptive Names Without Paradox", à l'Institu Jean-Nicod, Paris

Conférence dans le cadre du séminaire "Mind and Language".

photo jardin rue d'Ulm

Résumé

Les noms descriptifs tels que « Jack l'Éventreur » ou « Neptune » (utilisé au temps de Le Verrier) posent un défi au théoricien de la référence directe dans la mesure où ils brouillent la distinction entre référence et description : d'un côté, leur référence semble déterminée par la satisfaction d'une condition descriptive, au même titre que les descriptions définies ; de l'autre, ce sont des désignateurs rigides de jure dont on peut présumer qu'ils contribuent à exprimer des propositions singulières à propos de leur référent, à l'instar des noms propres ordinaires. Ce caractère hybride induit une conséquence paradoxale : l'introduction d'un nom descriptif permettrait de connaître a priori et sans effort des vérités contingentes à propos du référent.

Je me propose de dissiper le paradoxe en m'appuyant sur une taxonomie des noms descriptifs. Je distinguerai trois catégories de noms : les noms descriptifs proxys (« Julius », « Newman 1 »,...) dont la référence est à la fois fixée par description et connue par description ; les noms descriptifs singuliers (« Jack l'Éventreur », « Gorge Profonde »,?) dont la référence est fixée par description mais connue par accointance indirecte, via les traces du référent ; et enfin les noms pseudo-descriptifs (« Neptune ») auprès desquels les descriptions ne jouent, contrairement aux apparences, aucun rôle référentiel (fixation de la référence) ou cognitif (contenu des pensées). Je tâcherai de montrer que seuls les noms descriptifs singuliers combinent les traits sémantique et cognitif requis pour générer de l'a priori contingent. Je soutiens néanmoins que cette forme d'a priori contingent est inoffensive dans la mesure où l'on se contente de connaître a priori des contenus qu'il faut déjà connaître empiriquement pour comprendre un nom descriptif singulier. L'introduction d'un tel nom n'augmente donc pas notre connaissance du monde.

Abstract. Descriptive names such as ‘Jack the Ripper’ or ‘Neptune’ (as used by Le Verrier) raise a challenge for the direct reference theorist as they blur the distinction between reference and description. On the one hand, they designate their object via the satisfaction of a descriptive condition, on a par with definite descriptions. On the other hand, descriptive names are de jure rigid designators, and as such they presumably contribute to express singular propositions about their referent, just like ordinary names. This hybrid nature induces a well-known paradox: just by coining a descriptive name, one could know a priori and without effort some contingent truths about the world. 

I will try to dissipate the paradox of a priori contingent by offering a refined taxonomy of descriptive names. I distinguish between three kinds of such names: (i) proxy descriptive names (‘Julius’, ‘Newman1’…) whose referent is both determined and known by description; (ii) singular descriptive names (‘Jack the Ripper’, ‘Deep Throat’…) whose reference is fixed by description yet known by acquaintance; (iii) dummy descriptive names (‘Neptune’) with respect to which definite descriptions play no role, neither referential (fixation of reference) nor cognitive (content of thoughts), appearances notwithstanding. If I am right, only singular descriptive names combine the semantic and cognitive features required to generate the paradox of a priori contingent.  I claim, however, that this form of a priori contingent is harmless. I will show indeed that introducing a descriptive name does not bring new knowledge about the world, as it merely puts one in a position to know a priori what was already known empirically in order to understand the name.