"Quand nos émotions sont-elles raisonnables ?" publié par Stéphane Lemaire dans la Revue philosophique de la France et de l'étranger, 2016/2, tome 141, p. 215-234.

Nous jugeons les réponses émotionnelles comme plus ou moins raisonnables étant donné leur objet et le contexte. Je soutiens que la légitimité de ces jugements repose sur le caractère raisonnable des désirs ou des dispositions émotionnelles qui expliquent ces réponses émotionnelles. Il est déraisonnable d’être triste de ne pas satisfaire un désir déraisonnable. Mais comment un désir peut-il être déraisonnable ?

cairn

Je rejette l’idée selon laquelle les désirs seraient raisonnables parce que cohérents. Je suggère que nos désirs et nos dispositions émotionnelles sont raisonnables à deux conditions : premièrement, qu’ils contribuent à une vie subjectivement heureuse ; deuxièmement, qu’ils soient moralement justifiés.

We often judge that emotions are more or less reasonable given their object and context. I claim that the legitimacy of these judgments rests on the fact that the desires or emotional dispositions that explain these emotional responses are themselves reasonable. It is unreasonable to be sad not to satisfy a desire that is unreasonable. But how can desires themselves be unreasonable? I reject the idea to the effect that desires are reasonable insofar as they are coherent. I suggest instead that our desires and emotional dispositions are reasonable insofar as they satisfy two conditions: first, they contribute to a happy life, which I conceive in subjectivist terms; second, they are morally justified.