Décès de Catherine Coliot-Thélène

Nous avons l’immense tristesse de vous annoncer le décès de notre amie Catherine Colliot-Thélène, le vendredi 06 mai 2022 à Paris.
Catherine Colliot-Thélène
Nous savons tous quelle perte cela représente pour nous, quelle femme extraordinaire, quelle personnalité philosophique admirable, quelle professeure incroyable elle était, combien elle nous a apporté et inspiré durant toutes les années où nous avons eu le plaisir et la chance de la fréquenter.
Nous savons tous ce que son œuvre a apporté à la philosophie politique, à la philosophie allemande et à la philosophie des sciences humaines. Nous connaissons son expertise mondialement reconnue sur Weber, ses analyses si lumineuses dès lors qu’elle touchait à Kant, Hegel ou Marx, la capacité incroyable qu’elle avait de puiser dans sa connaissance encyclopédique des grands classiques de la philosophie, des textes fondateurs des sciences sociales ou d’auteurs moins connus du monde intellectuel allemand pour mieux cerner et résoudre les problèmes les plus contemporains.
Nous savons l’importance décisive de ses deux derniers ouvrages, qui développaient une philosophie politique personnelle profondément originale, et entendaient mener une réflexion approfondie sur les droits subjectifs, pour défendre l’individualisme contemporain et repenser le devenir de la démocratie, dans le contexte de la mondialisation et de l’érosion du pouvoir de l’Etat-Nation, en s’efforçant de dénouer le lien entre démocratie et souveraineté.
Nous savons quel est son rayonnement intellectuel dans le monde entier, en Allemagne, aux États-Unis, au Brésil, où elle a tant d’amis. Nous savons l’énergie qui était la sienne pour inlassablement travailler aux transferts culturels et conceptuels entre la France et l’Allemagne, par son activité de traductrice et de commentatrice, par son enseignement, par les dialogues qu’elle a noués avec les plus importantes figures philosophiques outre-Rhin, mais aussi par la position qu’elle occupa pendant cinq années à la tête du Centre Marc Bloch à Berlin.
Nous nous souvenons des générations d’étudiants et d’étudiantes qui sortaient de ses cours enthousiasmés, des étoiles pleins les yeux, leur énergie philosophique décuplée par un enseignement qui conjuguait extrême rigueur intellectuelle et bienveillance, et savait éveiller les esprits et les maintenir dans une tension exigeante et joyeuse. Nous gardons la mémoire de tous les jeunes collègues et doctorants qu'elle a encadrés et soutenus. Nous pouvons encore entendre sa voix si chaleureuse résonner dans nos murs et nos amphis.
Nous savons aussi ce que nous lui devons quand elle animait notre communauté et dirigeait notre équipe, nous nous souvenons des projets de recherche, des discussions de cafêt, des joyeux dîners de colloques, des exaspérations administratives et des indignations politiques partagées, des voyages communs, de la journée que nous avions organisée pour son départ en retraite, du formidable duo d’amies qu’elles formaient avec Jacqueline Lagrée, et de tant d’autres choses encore.
Nous garderons le souvenir de sa force d’âme face à la maladie, elle qui continuait à débattre publiquement de son dernier livre, il y a deux semaines seulement.
Nous savons surtout quelle amie nous perdons, et combien elle restera dans notre souvenir.
Depuis l’annonce de sa mort, les témoignages émouvants et les hommages affluent du monde entier, de la part de collègues, d’amis, d’anciens doctorants, d’étudiants, dans toutes les langues, qui font écho à notre tristesse et notre gratitude.
Nous adressons toutes nos pensées et nos condoléances à son mari Jean, à sa fille Mirabelle, à sa famille, à ses proches et ses amis.
 
Pour l'ensemble de la communauté de l'UFR de philosophie de Rennes 1 et de l'équipe de recherche du CAPHI (enseignants-chercheurs, personnels administratifs et étudiants)
Jean-Christophe Bardout (Directeur du CAPHI), François Calori (directeur de l’UFR de